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Comprendre l’affaire Mumia Abu-Jamal

Le 9 décembre 1981, la vie du journaliste et militant afro-américain Mumia Abu-Jamal bascule lors d'une fusillade à Philadelphie, qui coûte la vie au policier Daniel Faulkner. Condamné à mort en 1982, Mumia Abu-Jamal est devenu une figure mondiale de la lutte contre la peine de mort et les failles du système judiciaire américain.

Faits

Les Faits et la Situation judiciaire

Au premières heures du 9 décembre 1981, Mumia Abu-Jamal, est grièvement blessé lors d’une fusillade dans le quartier sud de Philadelphie où il venait de déposer un client et arrêté pour le meurtre de l’officier Daniel Faulkner.

  • Malgré ses dénégations et une enquête inéquitable (expertises balistiques inexistantes, balles non identifiables, absence de relevé d’empreintes, zone non sécurisée, tests non effectués, etc.),
  • malgré les témoins subornés, menacés, écartés ou intimidés,
  • malgré les rapports de police contradictoires,
  • malgré les procédures d’appel et les violations de ses droits Mumia Abu-Jamal est condamné sous la pression d’un juge recordman des condamnations à mort, le Juge Sabo. La peine de mort contre Mumia est requise par Ed Rendell.

 

Mumia est condamné à mort le 3 juillet 1982.

Par deux fois en 1995 et 1999, la mobilisation empêche son exécution.

En décembre 2001, sa condamnation à mort est suspendue. Mumia reste toutefois incarcéré dans le couloir de la mort. Ses avocats dépose alors deux requêtes :

  • une auprès de la Cour Suprême de Pennsylvanie pour replacer la condamnation de Mumia dans le contexte historique de discrimination raciale.
  • une autre requête dite d’Amicus Curiae auprès de la Cour d’Appel de 3° circuit des Etats-Unis pour rappeler les faits nombreux non pris en compte par la justice.

 

L’Evolution de la Situation Judiciaire

Le 18 décembre 2001, la sentence de mort de Mumia a été provisoirement écartée, mais il est toujours considéré coupable et menacé de voir cette sentence à nouveau prononcée.

Mumia Abu-Jamal lutte toujours depuis le couloir de la mort, enfermé 23h/24h dans une cellule grande comme une salle de bains et dans un isolement sensoriel inhumain. La mobilisation internationale a empêché par deux fois son exécution, en 1995 et 1999.

Aujourd’hui les options d’appel s’amenuisent.

 

En date du 8 octobre 2003, les ultimes appels d’Etat ont été rejetés, renvoyant l’affaire au niveau fédéral.

Mumia est de nouveau en danger de mort

 

En mars 2008, une Cour d’appel fédérale jugeait que les instructions données au jury lors du procès de 1982 avaient influencé le verdict et surtout n’étaient pas conformes au droit. La Cour confirmait toutefois sa culpabilité en refusant tout nouveau procès, sans le moindre réexamen des faits.

 

En avril 2009, la Cour Suprême des États-Unis rejetait l’ultime recours de sa défense en écartant toute nouvelle instruction eu égard au racisme qui a présidé aux choix des jurés (récusation massive des candidats afro-américains), ce qui est pourtant contraire à la Constitution américaine.

 

En janvier 2010, la Cour Suprême renvoie l’affaire Mumia devant la Cour d’appel fédérale.

Par arrêt du 19 janvier 2010, la plus haute juridiction des Etats-Unis a renvoyé le dossier de Mumia Abu-Jamal devant la Cour d’Appel Fédérale de Pennsylvanie en lui signifiant expressément de réexaminer sa décision « à la lumière » de l’arrêt rendu dans une affaire similaire (Spisak-Ohio). Dans cette affaire, la Cour Suprême a confirmé la condamnation à mort.

Autrement dit, la Cour Suprême demande à la justice de Pennsylvanie de « faire le sale boulot à sa place » en donnant le feu vert à l’exécution !

 

Rappelons que la Cour d’Appel Fédérale s’était prononcée pour la sélection d’un nouveau jury qui aurait à statuer sur la sentence uniquement (peine de mort ou perpétuité) en considération des instructions volontairement erronées données aux jurés lors du procès de 1982 qui avaient induit ces derniers à prononcer la peine capitale. Au regard de l’arrêt rendu dans l’affaire Spisak, cette décision de la Cour Suprême n’est pas une surprise. Ce n’est pas une mauvaise nouvelle, au sens où nous le redoutions. J’irai plaider contre la peine de mort car, bien que similaire, le cas Mumia est différent tant sur la forme que dans les faits » a déclaré Maître Robert R. Bryan. Soulignant l’acharnement du Ministère Public de Pennsylvanie à l’origine de ce recours auprès de la Cour suprême, l’avocat principal de Mumia Abu-Jamal a tenu à rappeler l’importance et l’urgence de donner sa pleine dimension à la campagne pour sauver son client.

Témoignages

William Cook

En mai 1999, Rachel H.Wolkenstein (avocate de l’équipe de défense conduite par maître Weinglass) a obtenu la déclaration sous serment de William Cook (le frère de Mumia)

Il était sur les lieux du crime, déclaration selon laquelle M. Jamal n’a pas tiré sur D. Faulkner et indiquant que Kenneth Freeman, l’associé de W. Cook (ils tenaient ensemble un commerce de rue à Philadelphie) était avec lui dans sa voiture cette nuit-là, armé, et a participé au complot pour tuer D. Faulkner. 

 

Ce témoignage était confirmé par celui, antérieur, d’un certain Arnold Howard qui, en 1995 avait déclaré que K. Freeman lui avait confié être le passager de la voiture de W. Cook et présent sur les lieux au moment du crime. En mai 1985, la nuit suivant le bombardement de la maison de Move, Kenneth Freeman mourrait, à 32 ans, d’une crise cardiaque dans des circonstances suspectes.

 

En septembre 1995, lors d’un entretien avec W. Cook, celui-ci déclara que, bien qu’effrayé par les conséquences, il souhaitait témoigner et voulait à nouveau rencontrer Me Weinglass et Rachel H.Wolkenstein.

 

William Singletary

Rachel H.Wolkenstein a appris en 1990 l’existence de William Singletary, témoin à décharge, alors que M. Jamal n’avait plus d’avocat pour le représenter.

Elle a contacté une ancienne avocate de M. Jamal, Marilyn Gelb, qui a recueilli la déposition de Singletary. Il déclarait avoir été témoin de la fusillade contre D. Faulkner, mais que M. Jamal n’y avait pas participé, et que Cynthia White, principal témoin de l’accusation, n’était pas présente sur les lieux du crime puisqu’elle avait tourné à l’angle de la 13e rue.

 

Dans ce témoignage, il rapportait que la police avait détruit sa première déposition et l’avait menacé pour qu’il la modifie.

Preuves

Lieu du crime

Dans un rapport médical réalisé quelques heures après la fusillade, le Sergent Westermann a déclaré que M. Jamal avait été abattu par des renforts de police arrivant sur les lieux.
  • les lieux du crime n’avaient pas été délimités et sécurisés par la police, fait extrêmement inhabituel dans une affaire de meurtre
  • la police a effectué des déclarations contradictoires (selon les enregistrements radio)

 

En l’espace de 15 minutes, la police a déclaré :

  • que M. Jamal, D. Faulkner et leurs armes étaient sur les lieux du crime ;
  • que les officiers avaient trouvé, 14 minutes plus tard, un suspect et une arme
  • qu’ un ou des suspects s’étaient enfuis avec l’arme de Faulkner.

 

De plus, l’officier Forbes indique dans son rapport avoir trouvé deux armes sur le trottoir lors de son arrivée, ce qui est contredit par son coéquipier Shoemaker qui déclare ne l’avoir vu ramasser aucune arme et n’a vu qu’une seule arme sur le trottoir.

 

Un témoin, A. Magilton a indiqué à la police que les officiers sur les lieux cherchaient une arme. Dessie Hightower, témoin oculaire, a déclaré que l’arme de D. Faulkner était toujours dans son étui lorsqu’on a emmené son corps.

 

Contrairement à la procédure policière usuelle qui prévoit que les armes soient remises à l’unité d’intervention mobile, Forbes n’a remis les armes au laboratoire que 4 heures plus tard. Les déclarations de Forbes et Shoemaker quant à leur présence et à leurs actes sur les lieux du crime ont été contredites par plusieurs autres policiers.

 

 

Balistique

Les indices matériels et l’expertise balistique entrent en contradiction avec les éléments apportés par l’accusation.

En effet, le récit de l’accusation indique que M. Jamal aurait tiré sur D. Faulkner à bout portant dans le dos et qu’ensuite, il aurait tiré 3 ou 4 balles de très près, dont une dans la tête du policier étendu sur le dos.

Selon l’accusation D. Faulkner à terre aurait tiré sur M. Jamal. Ce scénario est contredit par les preuves matérielles et balistiques disponibles. Par exemple l’emplacement des balles et fragments retrouvés sur les lieux, l’absence d’impacts sur le trottoir et même l’emplacement des taches de sang réfutent cette hypothèse.

 

La présence de la chemise de cuivre d’une balle sur les lieux du crime ne correspond ni à l’arme de M. Jamal, ni à celle de Faulkner, ce qui indique qu’une autre arme a été utilisée. Forbes a témoigné au procès que les cartouches des balles de l’arme de M. Jamal étaient différentes de celles dont le rapport balistique fait état.

 

L’emplacement d’une balle dans le cadre de la porte du 1234 Locust Street ainsi que la description de cette balle suggèrent qu’une autre arme ait été utilisée. Cette balle aurait du subir les tests sanguins et ADN.

 

La présence de sang du groupe sanguin O sur les lieux du crime, selon le rapport de police scientifique est une nouvelle indication, car M. Jamal, W. Cook et D. Faulkner appartiennent tous trois au groupe sanguin A.

Rapport Amnesty

EN FÉVRIER 2000 (PRÈS DE 18 ANS AVEC LE PROCÈS D’ABU-JAMAL), AMNESTY INTERNATIONAL S’EST PRONONCÉ EN FAVEUR DE LA TENUE D’UN NOUVEAU PROCÈS POUR LE JOURNALISTE NOIR AMÉRICAIN CONDAMNÉ À MORT

Sous le titre «  A Life in the Balance – The Case of Mumia Abu-Jamal  » (Une vie est en jeu – L’affaire Mumia Abu-Jamal), Amnesty International a demandé que Mumia Abu-Jamal soit rejugé en raison de graves irrégularités constatées dans son procès.« Dans cette affaire, il ne s’agit pas uniquement de la vie d’un homme. Il s’agit de quelque chose qui nous concerne tous : la justice. Et dans le cas présent, on ne pourra parler de justice que s’il y a un nouveau procès ».

 

Le résumé du rapport traduit en français par Amnesty International